J’arrête la pilule !

Ne pas avoir peur du féminisme

« La pilule : un scandale sanitaire qui touche 4,5 millions de femmes ! Alors, faut-il ou non l’arrêter ? Mieux, que doit faire notre société pour répondre à cette nouvelle demande des femmes d’une contraception sans effets secondaires, non polluante et égalitaire ? Pour ses 50 ans, retour sur le moyen de contraception le plus utilisé en France. »

Véritable livre de société, cette étude est à mettre entre toutes les mains possibles et inimaginables, masculines ou féminines, il est à conseiller à quiconque croisera votre chemin !

Cet essai est le premier livre « coup de poing » que j’ai pu lire depuis fort longtemps. Vous savez, ce genre de livre qui une fois refermé devient votre principal sujet de discussion, vous devenez insupportable avec vos amis, votre famille, vos collègues, ou même votre mec qui n’en peux plus d’en entendre parler jour après jour. Voilà comment je peux vous résumer mon ressenti après cette lecture.

L’autrice, Sabrina Debusquat est journaliste indépendante et animatrice à Radio France. Spécialiste des sujets santé, écologie et société, elle partage sur son blog des sujets trop souvent méconnus et bourrés de clichés, comme le très très lourd dossier de la pilule ! Paru en 2017 « J’arrête la pilule » est son second ouvrage qui a connu un fort retentissement médiatique. Vous êtes forcément passer près de la couverture, que ce soit en librairie ou en médiathèque, comme moi vous avez connu sans doute des réticences à approcher ce livre, de peur de se retrouver une fois de plus avec un objet plein de féminisme et de râlerie populaire vous disant que la pilule que vous ingérez depuis des années est une m**** infecte, bref, j’ai mis de côté ce livre à sa sortie de peur de me sentir mal à sa lecture. C’est donc tout naturellement, six mois après la prise de ma dernière plaquette que j’ai lu ce livre et honte à moi ! Honte d’avoir eu ce préjugé, car l’autrice a parfaitement maîtrisé son sujet, et j’ai adoré le déroulé de sa réflexion.

Le livre se découpe en cinq chapitres :

  1. Le premier va s’appuyer sur les effets physiologiques de la pilule, en présentant uniquement la façon biologique et physique dont la pilule agit sur notre corps. Aucun avis personnel n’est donné, les faits sont simplement évoqués avec distance.

  2. Le second chapitre va nous présenter Margaret Sanger et surtout l’histoire de l’invention de la pilule et le rôle qu’elle a pu jouer dans la révolution sexuelle. L’autrice garde la distance en s’appuyant ici sur un aspect historique, et dès lors, le lecteur se fait déjà sa propre opinion sur le sujet.

  3. Dans la troisième partie, la journaliste présente la pilule dans un rapport plus global en revenant sur les effets secondaires et néfastes que peut engendrer la pilule sur l’environnement.

  4. Le quatrième chapitre est consacré à ce qui se passe lorsque l’on arrête la pilule : la réaction des proches et du personnel médical, les effets secondaires qui peuvent survenir des mois après l’arrêt, les autres moyens de contraception possibles sans hormones.

  5. Le dernier chapitre est selon moi le moins intéressant car trop personnel, j’y ai trouvé certains lieux communs qui m’ont personnellement gênée.

Je ne vais pas faire ici une analyse approfondie du livre vous donnant tous les points évoqués car l’article ferait des dizaines de pages, mais juste vous délivrer l’aspect historique développé dès le second chapitre car il reste méconnu pour le plus grand nombre et mérite son attention.

L’histoire de la pilule, loin des révolutions sexuelles

Pour comprendre l’histoire de la pilule, il faut d’abord s’intéresser à son inventrice. Née à New York en 1879, Margaret Sanger grandit dans une famille ouvrière. Après dix huit grossesses, sa mère meurt prématurément d’une tuberculose. Se retrouvant orpheline, elle reste persuadée que c’est l’appétit sexuel de son père qui l’a conduit à la mort. Élevée seule par un père aux idées féministes, elle agit avec une liberté inouïe pour une femme de son époque, côtoyant bon nombre de milieux masculins. A l’âge adulte, elle exercera ses fonctions d’infirmières auprès des migrants amassés dans les ghettos new-yorkais. Dans ce milieu qui lui apparaîtra hostile, elle assistera jour après jour aux grossesses à répétition, aux enfants mal nourris et à la misère.

Proche du courant eugéniste, elle écrira des écrits sulfureux qui la pousseront à s’enfuir en Europe afin d’échapper à l’emprisonnement. C’est sur notre continent qu’elle fera une rencontre déterminante, le britannique Henry Havelock Ellis, un des fondateurs de la sexologie et vice président de la société eugéniste. C’est lui qui initiera davantage Margaret à l’eugénisme, avec cette idée de réduire la misère en n’autorisant à se reproduire que ceux qui ont un capital génétique jugé « avantageux », une sorte de contrôle de naissance : voilà ce qui a amené cette femme a inventé la pilule !

James Noah Henry Slee, un riche homme d’affaires, craque sous le charme de cette femme très en avance pour son époque. Elle lui propose alors un marché, acceptant de l’épouser à deux conditions : financer son projet de contrôle de naissance, et accepter qu’elle conserve sa totale autonomie. Le décès de cet homme en 1943 fera de Margaret une femme riche à 64 ans.

A 71 ans, elle fait la rencontre du biologiste Gregory Goodwin Pincus (l’homme qui a réalisé la première fécondation in vitro sur des lapins). Margaret financera la recherche du biologiste sur la création de la première pilule.

Il faut savoir que ce sont principalement des fonds eugénistes qui ont financé les recherches sur la pilule qui est apparu comme le moyen d’épurer la race tout en évitant la surpopulation. Dans ces recherches, aucun effet secondaire enregistré n’a été pris en compte, d’où le scandale sanitaire connu de tous aujourd’hui. Il est également intéressant de noter que lors des tests effectués à l’asile de Worcester en 1954, Gregory Goodwin Pincus en profite pour tester une pilule pour hommes. Ayant remarqué que la pilule diminue le désir sexuel, il y voit un moyen de combattre l’homosexualité. Et si cette pilule fonctionne avec succès, un des participants voit ses testicules réduire légèrement de taille : on arrête de suite les essais. On remarque alors deux choses importantes :

  • Pincus et ses confrères sont totalement conscients que la pilule diminue la libido

  • une pilule pour homme a été testée mais jamais développée à cause des effets secondaires (contrairement à la pilule pour femmes qui a été développée et commercialisée malgré les effets secondaires connus). En conclusion, dans la mentalité des années 1960 une paire de testicules diminuée a plus de poids et de pouvoir que plusieurs cas de décès chez des femmes.

Le chapitre IV est très intéressant car il regroupe différents témoignages de participantes qui ont évoqué leurs diverses expériences sur le site jarretelapilule.fr entre le 13/01/2017 et le 18/04/2017. Il liste également selon un sondage les différents effets secondaires :

70% souffrent de baisse de libido

54% ont pris du poids

52% ont connu des troubles de l’humeur

36% sont atteintes de migraines

34% ont connu une sécheresse vaginale

Sachant que 41 % des françaises âgées de 15 à 49 ans prennent la pilule et que 90 % des françaises nées après 1952 ont pris ou prendront la pilule au moins une fois dans leur vie, ces derniers chiffres font froid dans le dos.

L’enquête s’achève malheureusement sur une note sombre, teintée de « domination masculine » que personnellement je n’ai pas apprécie. Très court, il balaye beaucoup trop de clichés féministes (ma principale peur avant d’ouvrir le livre) qui n’apportent rien de plus à l’enquête globale. L’écriture demeure ici trop personnelle et s’éloigne du côté scientifique tellement enrichissant et présent dans chaque chapitre précédent.

Malgré un dernier chapitre décevant, je garde en mémoire une excellente lecture de ce livre qu’il faut partager au plus grand nombre.

Personnellement, je l’ai lu après avoir fait le choix d’arrêter cette cochonnerie. Je savais les effets néfastes de la pilule quand j’ai pris ma décision, mais j’en ignorais son histoire, là est toute la richesse de la recherche entreprise par l’autrice. Je me suis contentée ici de développer l’aspect historique de cette histoire, car il me semble que c’est le volet le plus intéressant, espérant que ces quelques informations vous auront donné l’envie d’en savoir davantage sur une petite chose, non anodine, aux effets dévastateurs.

J’arrête la pilule, Sabrina Debusquat, Éditions Les Liens qui Libèrent , 2017, 304 pages

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