California Dreamin’

Du dessin, des traits sans fioriture, sans rature 

« Ellen Cohen rêve de devenir chanteuse. Sa voix est incroyable, sa personnalité aussi excentrique qu’attachante, son besoin d’amour inextinguible. A l’aube des années 1960, elle quitte Baltimore pour échapper à son avenir de vendeuse de pastrami et tenter sa chance à New York ».

Scénarisée et dessinée par Pénélope Bagieu, cette histoire rassemble la vie à la fois romancée et biographique d’Ellen Cohen, alias Cassy Elliot, chanteuse emblématique du groupe The Mamas and the Papas ( pour les moins de 30 ans, ce groupe emblématique des années 1970 vous est sans doute inconnu).

Ellen Naomi Cohen est issue d’une famille juive d’ascendance russe. Ses parents Philippe et Bess ont tenu plusieurs épiceries cashers à Baltimore, ville où elle a grandi. Malgré plusieurs difficultés financières, son père fait preuve d’un positivisme acharnée et soutient sa fille dans son projet de devenir chanteuse. Mort à 42 ans et issu d’une famille d’émigrés et de santé fragile, il rêvait lui même de devenir chanteur d’opéra. Ce rêve, Cassy Elliot va le réaliser.

Refusant la mode de l’époque : la folk, elle sera toujours considérée en marge de sa société. Exubérante, un timbre particulier un physique et un look qu’on ne peut ignorer, sa force de caractère et sa voix vont la propulser sur la route du succès.  A travers cette histoire, c’est aussi une époque qui défile : on y croise Ginsberg, Kerouac, Joan Baez, Bob Dylan, les Beatles, etc. Tous les amoureux de la beat generation s’y retrouveront.

Exclusivement dessiné à l’encre et loin d’une certaine rigidité souvent caractéristique du dessin de Pénélope Bagieu, le style m’a foncièrement séduite. Je n’avais jamais entendu parler de la bande dessinée ni même du groupe avant de l’avoir dans les mains. Cette histoire, découpée en dix huit chapitres, je l’ai dévorée d’une traite avec comme fond sonore la chanson éponyme du livre. Pénélope Bagieu a vraiment été fascinée par ce personnage féminin, et elle a réussit à communiquer cette passion à travers sa bande dessinée. Ce projet se rapproche de sa série Les culottées dont les deux premiers tomes sont déjà sortis. Raconter l’histoire de femmes trop souvent méconnues aujourd’hui qui ont marqué leur époque. L’histoire s’arrête au moment où la chanson « California Dreamin' » devient connue, car l’intérêt était vraiment de raconter l’histoire de cette jeune femme, son parcours vers le succès, ses relations ambiguës avec les hommes mais aussi avec les femmes, et sa force de caractère qui lui a permis de se faire un nom à une époque où elle était en totale opposition avec celle ci.

Ici, on retrouve une certaine maladresse du trait lié à l’outil, rien n’est repris ou retravaillé par ordinateur. Le dessin est libre et spontané à l’image de Mama Cass et j’ai adoré ! Je n’aimais pas beaucoup le trait aseptisé de ses précédents personnages comme dans La page blanche (scénarisée par Boulet), ici, c’est tout autre chose, et j’ai pris plaisir à la lecture des différentes planches. L’histoire nous transporte et se lit très facilement, l’auteur a su nous partager sa fascination pour ce personnage emblématique d’une époque révolue. J’ai moi même été subjuguée par cette femme suite à ma lecture. 

Un très beau projet à mettre entre chaque main curieuse.

California Dreamin’, Pénélope Bagieu, Gallimard, 2015, 276 pages

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